Stratégie

Published on décembre 8th, 2016 | by Arnfast

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Introduction


Tout joueur de poker qui comprends un minimum les bases du jeu, sait qu’il n’est pas possible de gagner tous les coups à cause de “Dame Variance”. Et c’est cela qui rend le poker profitable : un parfait imbécile peut gagner des coups contre le meilleur joueur du monde. Il gagnera ces coups, mais persuadé de son “talent”, il finira par tout rendre (et même plus) tôt ou tard. Dans d’autres jeux, comme les échecs par exemple, un joueur avec un niveau supérieur à un autre va gagner dans quasi 100% des cas, car le facteur chance n’intervient pas – les quelques rares fois où le meilleur joueur perdra sera lorsqu’il sera atteint d’une mononucléose combinée à une grippe et à une dépression.

Le poker a cela de particulier que même en jouant de manière optimale et en faisant les choix les plus rationnels possibles selon les informations dont on dispose au moment où l’on prend notre décision, il est tout à fait possible de perdre de l’argent sur une période plus ou moins longue. Et cela peut être assez dur à encaisser une fois certains montants en jeu. Et d’autant plus lorsqu’il s’agit de notre seule source de revenu.

Si cette notion de résultats à court terme est très claire pour tous les joueurs de poker (quoique…), cela ne l’est pas pour les néophytes ou les personnes jouant juste de temps à autres entre potes. Dans cet article, je vais essayer de vous faire comprendre en quoi “Dame Variance” peut vraiment être une grosse pute.

Dame Variance, cette grosse pute


Qui ici n’a jamais rêvé de travailler de longues heures, de manière (à peu près) sérieuse, en y consacrant un maximum de ressources et de se dire à la fin du mois : “chouette, je viens de perdre de l’argent” ? Personne ? Ha bon, vous êtes sûr, ça ne vous tente vraiment pas ?

Alors on va faire simple : ne tentez jamais de devenir un joueur de poker professionnel. Cela vous arrivera quoiqu’il arrive et il faudra faire avec. Surtout, il vous faudra être capable de tenir bon dans ces moments horribles. Ca s’appelle la variance et ça fait partie intégrante du jeu, on ne peut pas y échapper.

Faisons ici 20 simulations avec un winrate de 4bb/100, 1 million de mains jouées et une standard deviation de 100b/100 :

winrate : taux de gains, exprimé en gros blinds par 100 mains jouées. Par exemple sur des blinds 1€ et 2€, 4bb/100 fera gagner 8€ toutes les 100 mains jouées, en moyenne.
nombre de mains jouées : à titre personnel, j’en fait environ 45.000 par mois. D’autres pros sont vers les 30.000 et certains vers les 100.000. Cela dépends fortement des joueurs, mais pour moi 1.000.000 de mains représentent quasiment 2 ans de jeu.
standard deviation : le nombre de gros blinds qui s’écartent de 0, exprimé sur une moyenne de 100 mains.

dame-variance-graphe

Comme vous pouvez le voir sur le graph, des joueurs avec le même niveau, peuvent avoir des résultats TRES différents. Le gain théorique serait normalement de 40.000 gros blinds, pour tout le monde. Mais selon la méthode des intervalles, 70% des joueurs auront un gain compris entre 30.000 et 50.000 gros blinds et 95% entre 20.000 et 60.000 gros blinds. La probabilité de finir perdant après 1 millions de mains est par contre extrêmement faible : 0.0032%

Voici donc une première composante de la variance : à niveau égal, 20 joueurs pourront avoir 20 résultats différents.

Amplitude des downswings


Voici ici l’exemple d’une courbe de gains qui montre les downswings qu’un joueur peut avoir sur 1 million de mains :

amplitude-downswing

Sur l’axe de gauche, vous pouvez faire l’amplitude des downswings et sur l’axe de droite, les gains. Comme vous pouvez le voir, il a eu 3 pics où il a perdu +/- 3.500, +/- 2.800 et +/- 2.900 gros blinds, ainsi que les périodes où il peut joueur sans rien gagner : une de 200.000 mains et une autre de 100.000 mains.

Voyons maintenant en détails les swings que l’on peut avoir et les probabilités que cela se produise :

downswing-probabilite

Les chiffres sont assez grossier en fait. Pour nos hypothèses de 4bb/100, 1 million de mains et une standard deviation de 100bb/100, on peut remarquer qu’on a 21.82% de chance d’avoir une période où on ne gagnera rien pendant 100.000 mains et 28.03% de chances qu’on perde 3.000 gros blinds !

Voilà donc une autre réalité de la variance : elle fait mal au cul ! Il y a des probabilités non-nulles et je dirais même assez élevées, que vous tombiez une sale période. Il faudra donc tenir bon et je vais vous donner quelques conseils pour que ce soit le cas.

Comment limiter la variance ?


Je parle bien ici de limiter la variance, pas de la supprimer, car cela est impossible. Si vous ne voulez plus supporter la variance, arrêtez le poker et trouvez un job normal. Pour avoir tenté l’expérience pendant un an et demi, je peux vous garantir que ce n’est pas si chouette.

Mon premier conseil est de bien choisir vos tables. En effet, au plus vous jouerez contre des adversaires faibles, au plus votre winrate sera élevé. Et au plus votre winrate sera élevé, au plus votre variance sera faible. Pour vous en convaincre, prenons l’exemple du pile ou face et un jeu où vous avez 99% de chance de gagner.

  • Au pile ou face, la probabilité que vous perdiez 5 fois d’affilés est de 0.5^5 = 3.125%, soit environ 1 fois sur 30, ce qui est un événement qui arrivera régulièrement si vous y jouez beaucoup.
  • Dans un jeu où vous avez 99% de chance gagner, la probabilité que vous perdiez 5 fois d’affilés est de 0.01^5 = 0.0000001%, soit une chance sur un million, autrement dit une probabilité quasi-nulle que cela se produise.

Au poker, vous n’aurez évidement jamais 99% de chance de gagner. Mais cet exemple sert à illustrer le fait qu’au plus votre chance de gagner est haute, au plus votre variance sera faible.

Mon deuxième conseil est très simple, il faut toujours jouer quand vous avez toutes vos facultés à leur maximum. Ne jouez pas fatigué, ne jouez pas sous influence de substances, etc. Ayez une bonne hygiène de vie, restez rationnel, etc.

Mon troisième conseil est de prendre tous les spots que personne ne veut. Ce sont des spots qui vont seront offert gracieusement par vos adversaires et qui feront monter votre red line avec très peu de risque. Pour savoir quels sont ces spots, vous pouvez jeter un oeil à mon ebook, les différents spots sont expliqués en détails.

Les différents types de variance


La variance au poker peut provenir de différentes sources, les voici :

  • Les sources dites “externes” (celles qui ne sont pas de votre faute) :
    • L’all-in ev : vos gains théorique peuvent fortement différer de vos gains réels selon votre chance sur les all-ins. Ne regardez que vos résultats en ev pour évaluer votre niveau.
    • Les setups : vous pouvez avoir la deuxième meilleure main et votre adversaire la meilleure ou bien rater votre tirage et tomber sur un tirage raté inférieur chez votre adversaire. N’y prêtez pas trop attention, cela va en général dans un sens comme dans l’autre.
  • Les sources dites “internes” (celles qui sont de votre faute directement) :
    • Etre en tilt (-)
    • Ne pas rester rationnel (-)
    • Ne pas avoir une bonne hygiène de vie (-)
    • Jouer aux horaires où vos adversaires seront le plus susceptible d’être fatigué ou sous une influence quelconque. (+)
    • etc.

Exemple de la variance sur mon jeu


Voici ici mon graph en bb/100 sur mes mains jouées depuis la reprise. Je vais également faire une analyse de mon état d’esprit durant chaque phase, pour vous montrez à quel point la variance peut affecter tout le monde et à n’importe quel niveau.

graph-perso

J’ai découpé le graph en 4 périodes :

  • La période A :
    • Je me suis mangé cette sale période de 100.000 mains après presque 2 mois entier où je détruisais tout sur mon passage.
    • J’avais à cette époque un job et les limites étaient très basses.
    • Mon moral était au top, je ne tiltais pas et je ne faisais pas d’erreur sur mon jeu. J’ai vraiment collectionné setup sur setup et j’ai su garder la tête froide.
  • La période B :
    • Juste avant ce break-even de 80.000 mains, j’ai eu droit à une bonne période de 40.000 mains.
    • Les limites étaient un peu plus haute, mais j’avais toujours mon job sur le côté.
    • Mon moral était toujours ok et je ne faisais aucune erreur.
  • La période C :
    • Juste avant la période C, j’ai eu droit a un très gros upswing, qui est de plus arrivé lors des montés de limites où les sommes devenaient importante et à un moment où j’hésitais à repasser pro.
    • J’ai donc très bien relativisé cette période de 80.000 mains, car c’était un juste retour des choses après la période précédente où tout m’a souri.
  • La période D :
    • Même si avant d’arriver à cette stagnation j’ai eu un bon rush, cette période m’a posé énormément de problèmes.
    • Tout d’abord, les sommes mises en jeu devenaient très élevées.
    • Ensuite, j’ai run en dessous de l’EV quasi systématiquement.
    • J’ai également collectionné un nombre de setup hallucinant, les uns après les autres.
    • En analysant en détail mon jeu, j’ai remarqué que ma courbe des non-showdown winnings était repassée en négatif pendant cette période.
    • J’ai donc laissé s’installer sans m’en rendre compte, une forme de tilt passif. Sans m’en rendre compte, j’ai modifié mon jeu qui consistait à prendre tous les spots. J’ai fait des choses que je ne faisais pas avant. Je me suis plain et fait ma victime plutôt que de garder le moral comme j’avais su le faire plus tôt.

Conclusion


Voilà, j’espère que cet article vous aura plu et vous aura permis d’avoir un regard différent sur la variance. Ce qu’il faut retenir, c’est que c’est grâce à la variance que le poker est profitable. En effet, “Dame Variance” peut avoir l’air d’une grosse pute quand elle s’acharne sur nous. Mais elle nous rends bien service en permettant aux mauvais joueurs de gagner de temps en temps, ce qui les incitent à déposer encore et encore de l’argent frais, en pensant que la manière dont ils ont joué leur coup était bien car ils ont gagné ce coup en jouant de cette manière. Evidemment, au plus ils joueront de cette façon totalement stupide, au plus ils nous enverront leur argent gracieusement.


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